Il y a quelques mois, le Luxembourg a accueilli le 7ème Prix européen de la Microfinance, qui a reconnu cette fois-ci les institutions donnant accès à l’éducation. LMDF a soutenu la nomination de deux institutions: la Fondation Kashf au Pakistan, qui a remporté le prix, et la Fundación Génesis Empresarial au Guatemala. Une mention honorable est allée à l’œuvre de l’Opportunity Bank Uganda Limited, le troisième finaliste pour le prix.

Nous avons interviewé Mme Roshaneh Zafar, PDG de la Fondation Kashf au Pakistan, pour en savoir plus sur les projets de la Fondation qui permettent aux enfants d’accéder à une bonne éducation.

Traditionnellement, les entreprises de microfinance mettent l’accent sur le soutien des familles individuelles plutôt que sur le soutien des écoles. Pourquoi avez-vous choisi une approche aussi différente, de soutenir les écoles plutôt que les étudiants et leurs familles?

Développer un programme visant à promouvoir une éducation de qualité a sans aucun doute des dynamiques côté offre et côté demande. Pendant la conception de notre programme, nous avons rapidement compris que pour libérer les enfants des tâches ménagères et des charges, et les faire entrer dans les écoles, il fallait d’abord augmenter la contribution des femmes au revenu du ménage. C’est là que la microfinance est intervenue.

Cependant, nous avons également constaté que la capacité de nos clients à payer pour une meilleure éducation s’était améliorée au fil des années. Nous avons donc mis l’accent sur l’amélioration de l’offre en matière d’éducations. Nous avions déjà vu que certains de nos prêts avaient été utilisés par les clients pour mettre en place de petits centres de scolarité dans leurs maisons, qui avaient par la suite évolué en écoles à petite échelle.

Alors que nous cherchions la meilleure mesure à prendre, un rapport a été publié sur l’état de l’éducation au Pakistan qui a révélé que 30% des inscriptions scolaires se faisaient dans des écoles privées à faible coût à travers le pays et que les résultats scolaires de ces écoles étaient un peu meilleurs que dans les écoles publiques. Tous ces facteurs nous ont fait comprendre qu’il était important de développer une meilleure compréhension du financement et des autres besoins des écoles privées à faible coût. En 2012, nous avons examiné plus de 300 écoles privées à faible coût et nous avons découvert que, parallèlement au financement, elles souffraient également d’importantes lacunes en matière de qualité liées à la gestion des écoles, à la qualité des enseignants, à l’infrastructure et à la sécurité.

Nous avons donc développé une approche holistique pour améliorer la capacité de ces écoles en leur donnant non seulement accès au financement, mais aussi aux compétences dont elles ont grandement besoin: une formation intensive à la gestion scolaire destinée aux propriétaires et des formations pour les enseignants. En outre, nous avons également élaboré un programme d’éducation financière pour la maternelle jusqu’à la 8e année, qui est actuellement offert à travers un réseau de 1,000 écoles soutenues par Kashf. Cela nous a donné l’occasion de préparer les enfants dès leur plus jeune âge à comprendre les bonnes pratiques financières et, espérons-le, leur permettre de devenir des créateurs d’emplois plutôt que des demandeurs d’emploi!

Pourquoi avez-vous choisi de donner la priorité à l’éducation pour les filles?

Il ne fait aucun doute de nos jours que l’investissement dans les filles procure à la fois des avantages économiques et sociaux à long terme. Comme on le dit souvent, c’est simplement une économie intelligente. Il est important de souligner que, sauf dans un petit nombre de communautés, la demande pour l’éducation des filles a augmenté au Pakistan. Le facteur critique est maintenant l’accès: la distance des écoles est devenue un indicateur primaire de la rétention scolaire des filles. Notre modèle scolaire à faible coût contribue à contrer cette situation, car la plupart de ces écoles sont situées dans les communautés et ont été cultivées organiquement.

Une autre caractéristique intéressante, que nous avons vue dans ce segment de marché particulier, est que plus de 60% de ces écoles sont dirigées par des femmes, offrant ainsi le double avantage de l’éducation pour les filles et des chemins viables de carrière pour les femmes. Il y a bien sûr d’autres défis culturels auxquels les jeunes filles font face qui font de l’éducation un défi, et surtout la perception générale que les filles sont considérées comme un passif, plutôt que comme un atout de la famille. Cependant, nous espérons que cette perception change également.

Quels défis opérationnels avez-vous rencontrés au Pakistan?

Comme tout autre produit, le premier défi est vraiment de comprendre la dynamique du segment et de concevoir un produit qui ajoute de la valeur et répond aux besoins du client. C’était vraiment notre premier défi et même maintenant que notre produit est en cours, nous continuons d’apprenons comment améliorer globalement ses dispositifs.

Le deuxième défi opérationnel consistait à former le personnel existant à quitter ses zones de confort. Le client des écoles privées à faible coût a une demande différente de celle d’une femme micro-entrepreneur, alors qu’une approche marketing différente et le maintien d’un portefeuille solide de crédit sont importants.

Le troisième défi consistait à déterminer le bon dosage opérationnel en termes de gestion des risques et des rendements. Étant donné que notre personnel n’avait pas octroyé de tels prêts avant (notre prêt moyen était de 350 dollars, contre 1,500 dollars pour le produit scolaire), nous avons dû investir beaucoup dans la capacité de notre personnel pour leur permettre d’évaluer ces prêts et aussi pour améliorer leur compréhension du secteur de l’éducation et de ses besoins dans son ensemble.

Cependant, aucun de ces aspects n’ont été et ne sont insurmontables, à condition que nous soyons ouverts à l’innovation! L’autre aspect qui pose problème est de jumeler les aspects non financiers avec la prestation de services financiers, et de veiller à ce que cela soit durable et efficace au fil du temps. Le rôle des agents de développement scolaire de Kashf a été essentiel pour faire avancer les aspects de formation du programme, mais une amélioration est encore nécessaire, en particulier en termes de contenu de formation et de la distribution de la formation.

Un dernier aspect important que nous avons inclus dans le programme est le contrôle régulier de la qualité des services scolaires grâce à un cadre de surveillance de la qualité. Encore une fois, ceci prends énormément de temps et des techniques plus efficaces doivent être mises en place pour rendre l’ensemble de ce processus plus impactant.

Que ferez-vous des 100,000 euros que vous avez remportés en tant que lauréats du 7ème Prix européen de la Microfinance ?

Tel que mentionné ci-dessus, l’un des défis de ce programme est de maintenir l’impact du programme de renforcement des capacités scolaires. Dans cette perspective, nous allons utiliser les fonds du Prix 2016 pour innover davantage sur la formation des enseignants et l’élaboration d’un nouveau programme pour le bien-être et la garde des enfants. Nous espérons former les enseignants à offrir une telle formation aux parents et aux enfants afin qu’ils soient mieux préparés à faire face à la maltraitance des enfants ou à tout autre aspect connexe de la sécurité des enfants. Nous allons utiliser ces fonds pour piloter et innover dans ces domaines.